Notre série « Retour sur 2012 » revisite un conflit social qui a captivé le Québec et la francophonie en mai 2012. Le 18 mai, l’Assemblée nationale du Québec adoptait, par 68 voix contre 48, une loi spéciale destinée à mettre fin à la plus longue mobilisation étudiante de l’histoire canadienne.
Le mouvement, entamé en février, visait la hausse des droits de scolarité universitaires voulue par le gouvernement libéral de Jean Charest : une augmentation d’environ 80 % étalée sur sept ans. Après quatorze semaines de grève et de manifestations, parfois émaillées de violences, le gouvernement choisit la manière forte.
Le texte, connu sous le nom de « loi 78 », suspend la session dans les établissements touchés et prévoit leur réouverture en août. Il interdit les rassemblements à moins de 50 mètres des bâtiments universitaires, impose aux organisateurs de manifestations de transmettre leur itinéraire à la police huit heures à l’avance, et prévoit de lourdes amendes, jusqu’à 35 000 dollars pour les dirigeants étudiants et 125 000 dollars pour les associations. Le même jour, Montréal adopte un règlement interdisant le port du masque lors des manifestations.
Les critiques fusent. La cheffe de l’opposition péquiste, Pauline Marois, évoque « l’un des jours les plus sombres de la démocratie québécoise », tandis que Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, dénonce une atteinte au droit de manifester. Dans les jours suivants, des milliers d’habitants de Montréal et d’autres villes descendent chaque soir dans la rue en tapant sur des casseroles, une forme de protestation pacifique qui devient le symbole du « printemps érable ».
Avec le recul, la crise de mai 2012 a pesé lourd : élu en septembre 2012, le gouvernement du Parti québécois de Pauline Marois annulera la hausse des droits de scolarité et abrogera les dispositions contestées de la loi.
Sources
- BBC News – Quebec passes ’emergency bill’ on student protests (19 mai 2012)
- Assemblée nationale du Québec – Projet de loi n° 78 (2012)
- L’Encyclopédie canadienne – Grève étudiante québécoise de 2012
- The Globe and Mail – How casseroles overcame cudgels on the streets of Montreal (2012)
Image à la une : Francis Bourgouin / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0 (source).
