Retour sur 2012 – avril : l’Argentine exproprie Repsol et reprend le contrôle du pétrolier YPF

La tour Repsol-YPF dans le quartier de Puerto Madero, à Buenos Aires

Notre série « Retour sur 2012 » revisite une décision économique qui a secoué l’Amérique latine et l’Espagne en avril 2012. Le 16 avril, la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner annonçait à la télévision nationale un projet de loi permettant à l’État d’exproprier 51 % des actions de YPF, la première compagnie pétrolière du pays.

YPF, privatisée en 1993, était alors contrôlée par le groupe espagnol Repsol, qui en détenait 57,4 %. Les actions saisies devaient être réparties à hauteur de 51 % pour l’État fédéral et de 49 % pour les provinces productrices de pétrole. Qualifiant l’énergie de « ressource vitale », la présidente reprochait à l’entreprise de ne pas investir suffisamment pour accroître la production et réduire la dépendance du pays aux importations, une accusation que YPF rejetait.

La réaction de Madrid est immédiate. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel García-Margallo, estime que l’Argentine a « rompu le climat d’amitié » entre les deux pays et promet des mesures « claires et énergiques ». Repsol juge la décision « manifestement illégale et gravement discriminatoire ». La Commission européenne affiche son soutien à l’Espagne, tandis qu’à Wall Street le titre YPF recule d’environ 18 %.

L’enjeu dépasse la seule production existante : quelques mois plus tôt, en novembre 2011, YPF avait annoncé une importante découverte de pétrole de schiste, et l’Argentine figure parmi les pays disposant des plus grandes ressources récupérables de ce type. Le Congrès adopte la loi d’expropriation début mai 2012.

Avec le recul, cette renationalisation d’avril 2012 a ouvert un long contentieux. Il faudra attendre 2014 pour que Buenos Aires et Repsol s’entendent sur une indemnisation d’environ 5 milliards de dollars, versée en obligations d’État argentines.

Sources

Image à la une : Martin Barland / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0 (source).

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